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Le traversier Matane I, chargement au Havre de Matane

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Capt. Henri Piuze
1916-2011

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Au Centre d'Hébergement de Matane le 24 mai 2011, est décédé à l'âge de 95 ans, Capt. Henri Piuze époux de feu madame Jeannine Gagnon. Il demeurait à Matane.

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Les funérailles du Capt. Henri Piuze ont eu lieu le samedi 28 mai à 10H30 en l'église Saint-Jérôme et l'inhumation au cimetière de Matane.

Il laisse dans le deuil ses enfants; Paul, Bernard (Henriette Cyr), feu Gilles, Marthe, Louise (Claude Fortin), Nicole, ses petits-enfants; Manon, Karlène, Philippe, Alexandre et Jean-François.

La famille Piuze de Matane possède une tradition maritime de près de 80ans sur le fleuve et le golfe du Saint-Laurent. Ce bel héritage est partagé en deux périodes presque égales, l'une par Théodore, et l'autre par Henri, le fils.

Le capitaine Henri Piuze est à côté du mat avant sur sa goélette La Légère ( en 1930)

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Capitaine Henri Piuze, membre du premier conseil d'administration de la Traverse Matane-Godbout Limitée, en 1959.

Parmi les artefacts offerts par sa fille Nicole Piuze, un affiche de l'horaire 1963 du traversier N.A. Comeau, qui effectuait la liaison Matane, sur la rive sud et Godbout sur la Côte Nord.

Voici la biographie du Capitaine Henri Piuze, par Louis Blanchette, du livre LA TRADITION MARITIME DE MATANE, 1992:

Né à Matane le 20 mai 1916, Henri Piuze entreprend ses études classiques au Séminaire de Rimouski, entre les années 1930 et 1934. Sentant véritablement le désir d'embrasser la carrière maritime, Henri Piuze oriente ses études d'abord vers un cours commercial, puis à l'École de Marine de Québec. Il obtient son certificat de premier officier le 25 juillet 1935. Il commence cette même année une longue carrière de navigateur.

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Il entre au service de la Compagnie de Transport du Bas St-Laurent à titre de premier officier sur le Manicouagan, puis il travaille sur le MARCO POLO. .En 1938, nous le retrouvons comme deuxième officier sur le MATANE le tout nouveau navire de la compagnie. À propos de ce navire, le capitaine Henri Piuze précise que ce bateau d'acier fut le premier au Québec à être complètement soudé plutôt que riveté. Construit aux chantiers de Marine Industries à Sorel, le MATANE faisait l'objet d'observations et de vérifications nombreuses par plusieurs ingénieurs spécialisés de différents chantiers maritimes. Cette innovation technoligique a donné d'excellents résultats puisque très peu de problèmes de construction ont été signalés sur ce navire demeuré très solide malgré ses années de navigation. Le MATANE effectuait deux traversées par semaine entre les ports de Matane, Rimouski, Baie-Comeau et de Sept-Îles. Il transportait non seulement des passagers, mais aussi du courrier, des marchandises, de l'équipement divers et des chevaux.

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Au déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale, le capitaine Henri Piuze est exempté du service militaire, s'étant trouvé un emploi chez Patterson Steamship Company. Parmi ses actifs, cette compagnie compte environ 100 élévateurs à grain sur les Grands Lacs et une flotte de 33 navires. Il travaille d'abord sur le SORELDOC, puis sur le HAMILDOC, dans les mers des Caraïbes, en Guyanne Anglaise , où le navire prend des chargements de bauxite au port de Georgetown. L'année 1943 commence plutôt mal pour le capitaine Piuze puisqu'au matin du Jour de l'An, le HAMILDOC, sur lequel il est premier officier, coule à pic en quelques minutes épargant toutefois de la mort tous les occupants du navire.

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Bien que déjà nanti de connaissances et de techniques de navigation, Henri Piuze eut la chance de poursuivre, aux frais de la Patterson, des cours de marine à l'École de marine de Georgetown. En effet, en novembre 1942, sous la conduite du capitaine Walcott, qui détenait le plus haut grade de la marine britannique, le capitaine Piuze entreprend une série de cours intensifs qui le conduisent à l'obtention au grade de capitaine au long cours accrédité par l'Amirauté britannique et reconnu par le ministère canadien des Transports en mai 1943.

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En 1944, la Patterson confie au capitaine Piuze la mission de surveiller les travaux de réparation du NEWBRUNDOC, un navire de la compagnie amarré au quai de Mobile (Alabama). Une fois les réparations terminées, au bout de trois mois, la navire revient au Canada avec une pleine cargaison de sucre brun chargée dans la baie de Matanzas sur l'ile de Cuba. De retour au pays, il continue de naviguer sur le NEWBRUNDOC, à titre de premier officier sur les Grands Lacs jusqu'à Port Alfred avec de pleines cargaisons de bauxite servant à alimenter l'usine d'alimunium d'Arvida. En décembre 1944, au terme de la saison de navigation, il quitte la Patterson après cinq ans de service.

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Photos des archives Capitaine H. Piuze

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.Diaporama par Max Fillion

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Au début de 1945, Henri Piuze achète du capitaine Stanislas Bouchard, de Petite-Rivière-St-François, la goélette JEAN-EUDES (100 pieds de long, 28 de large, capacité environ de 370 tonnes). Aux commandes de cette goélette, le capitaine navigue sur le fleuve et le golfe du St-Laurent vers Québec, Montréal, la côte de Gaspé et la Côte Nord. Pendant dix-sept saisons, il transporte des marchandises générales et surtout du bois de construction provenant de la scierie des Couturier de Marsoui. Il complète souvent ses voyages par des contrats pour le compte de la Clarke Steamship Company et pour la Compagnie de Charlevoix-Saguenay. Pour cette dernière compagnie d'ailleurs, il effectue un voyage hebdomadaire Québec-Natasquan. La goélette ne chôme pas, même pendant les fins de semaines...

La Goélette Jean-Eudes au quai de Point-au-Pic, archives Hugues Dufour, collection Réal Bélanger

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Voici la maquette du Jean Eudes réalisé par M.AiméBouchard (Petite Rivière St-François) en 1988

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En 1961, en association avec Léo Thibault de Matane, il achète le RIMOUSKI, le frère cadet du MATANE. Ramené à Matane, toué par le JEAN-EUDES, le navire est revendu huit jours plus tard à des intérêts américains qui le transforme en navire croisière sur la côte de Floride. Une transaction bénéfique qui valait bien plusieurs voyages de goélette!

En mars 1962, le capitaine Piuze vend sa JEAN-EUDES. L'année 1962 demeure d'ailleurs une année historique dans l'évolution du transport maritime dans la région de Matane. En effet, en juin, le N.A. Comeau, le premier navire de la Traverse Matane-Godbout Limitée, commence sa vie de traversier.

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Il est essentiel de rappeler ici que le capitaine Henri Piuze doit être considéré comme le fondateur et le père de cette importante compagnie de navigation. À travers toute les négociations qui ont conduit à la fondation de cette compagnie et à l'établissement d'un service maritime continu, le capitaine Piuze fut l'homme-orchestre et l'un des grands défenseurs de la mise sur pied d'une liaison maritime Matane-Côte-Nord.

Il commande le N.A.Comeau jusqu'en juillet 1966. L'année 1967 annonce une nouvelle étape dans la carrière maritime du capitaine matanais. Après avoir assumé les tâches de capitaine et de directeur-génétal de L'ESCALE, le bateau-théâtre de l'EXPO '67, il entre au service du ministère fédéral des Transports pour la Garde côtière. Jusqu'en 1972, il travaille surtout sur les brise-glaces MACLEAN et MONTCALM puis devient capitaine du SIMON FRASER, du patrouilleur RELAY et du VILLE-MARIE. Pendant cette période, il traverse le cercle artique à bord du PUFFIN, le 15 septembre 1968. Avant sa retraite de la navigation, il aura l'occasion de la traverser à deux reprises. En 1972, il est nommé gérant de la flotte de navires de la Garde côtière du district de Montréal. Pendant trois ans, il voit à la réorganisation complète des services maritimes de ce district. En 1965, il quitte Montréal et, à sa demande, revient sur les navires spécialement ceux affectés au sauvetage. Finalement, à la fin de l'année 1978, il quitte la Garde côtière et abandonne pour de bon la navigation maritime.

Image d'un homme tenace et courageux, décidé à instaurer des services maritimes de qualité, le capitaine Henri Piuze demeure une importante figure de proue de l'histoire maritime de la région de Matane au cours du dernier demi-siècle.